Dieu, fainéant et se faisant trop vieux pour jouer aux Sims avec les humains, il envoie ses anges chercher un humain qui pourrait le remplacer. Les prétendants au titre devront prouver leur valeur en faisant... ce qui amusera Dieu sur le moment.
 
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 Hermès [14]

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Hermès

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MessageSujet: Hermès [14]   Mer 28 Juin - 17:36

Je posai mon libre sur la table basse à côté du lit et regardai le bureau. Plus aucun, évidemment. Je soupirai. A combien en étais-je ? La bibliothèque de cette école n'était pas illimitée. Depuis le départ de Rei j'avais l'impression d'en avoir lu plusieurs centaines. Leur intérêt était très variable. Il m'était arrivé de trouver des perles mais ceux d'aujourd'hui avaient clairement laissé à désirer.

Je regardai la pendule suspendue en haut de la porte. Deux heures vingt-huit. La bibliothèque était fermée et les cours ne reprenaient pas avant huit heures trente. Que faire ? Je regrettais presque la présence de Rei. Il était agaçant mais au moins il m'apportait une certaine forme d'occupation. Il n'y avait pas d'autres personnes avec qui avoir une conversation décente entre les murs de cette enceinte. Tous les élèves étaient stupides. Les professeurs ne parlaient que de mon "comportement déplorable", sous prétexte que je n'assistais jamais aux examens. Certains cours avaient beau être intéressants, je ne voyais pas l'utilité des notes. Surtout que de simples humains n'avaient aucun droit de noter un Ange. Un démon. Bref.

Je n'avais plus ma place ni au Paradis ni en Enfer visiblement. Lucifer semblait m'avoir oublié. Je n'avais pas la moindre nouvelle. Je n'avais pas plus d'intérêt à ses yeux qu'à ceux de Léviathan. Je ne devais juste pas être intéressant globalement. J'aurais aimé être utile, et je me retrouvais ici, à dépérir un peu plus chaque jour, au milieu des créatures que je méprisais.

Quel était le but de leur existence ? Comment pouvaient-ils supporter une telle vie ? Le passé le présent et l'avenir se mêlaient dans une mélasse temporelle insipide privée de sens. Si le temps venait à s'arrêter je m'en apercevrais pas. Peut-être était-ce déjà le cas ? Oui, il était toujours deux heures vingt-huit.

J'ouvris la fenêtre. Il n'y avait pas le moindre souffle de vent. L'air stagnait, lourd, pesant. La pénombre régnait à la faveur de cette nouvelle lune. La leur des étoiles peinait à traverser le voile de nuages qui nous séparaient. La Terre était bien moins belle vue d'en bas.

Le silence ne parvenait jamais à s'imposer dans ce monde. La quête de la quiétude était une utopie. J'avais dû m'adapter au bruit constant. Des aboiements de chiens, des crissements d'insectes, des pépiements d'oiseaux, des pleurs d'enfants, des cris d'adolescents, ... Il y avait sans cesse une nouvelle perturbation sonore. Bien que plus calme que la journée, la nuit n'échappait pas à cette règle. Comme si toutes les formes de vie cherchaient sans cesse à rappeler son existence.

Tout n'était-il qu'un immense appel à l'aide ? Mais pour quel destinataire ? Léviathan ? Sûrement pour certains mais pas tous. Cette idée m'aurait paru tellement aberrante il y a si peu de temps. Il y avait d'autres mains tendues à saisir. Tant de gens désespérés qui ne demandaient qu'à partager leur peine. Trouver le confort illusoire d'un confident. C'était évident. Tous les humains ici cherchaient à former des relations entre eux, au-delà de leurs multiples incompatibilités. Peu importait la personne, seules importaient les relations formées. Avoir des amis était important. Être ami avec une "identité" ne l'était pas. Cela donnait lieu à des regroupements de personnalités diverses, sans cesse sujettes aux compromis. Ne pas être seul, chercher l'acceptation des autres. J'étais comme cela également envers Léviathan. C'était pathétique.

Je ne me faisais plus d'illusion. La vie n'était qu'une longue suite d'interactions. Nous n'avions d'existence qu'à travers les autres. Léviathan m'avait donc enlevé toute ma vie. J'avais essayé de retrouver un semblant d'existence aux côtés de Lucifer. C'était un échec. J'étais toujours au point mort. Etonnamment bien nommé. J'avais eu droit à une bouffée d'air frais au milieu de ma noyade. Mes poumons me brûlaient à nouveau et mon cœur battait la chamade. C'était presque pire. J'aurais dû mourir bien avant. Le souhaitais-je ? Je n'en étais pas sûr. Je voulais avant tout me venger. C'était une émotion bien immature, une volonté bien futile. Encore une tentative désespérée d'exister. D'obtenir de la compassion. Je voulais être utile à quelqu'un. Je ne voulais pas me l'avouer mais c'était tellement clair que c'en était douloureux.

Bien sûr, nous étions tous dysfonctionnels. Cela ne me consolait guère. Le doute, la solitude, la jalousie, ... Autant de péchés qui avaient entaché le monde telle une pandémie après l'ouverture la boîte de Pandore. J'aimais cette histoire que j'avais découverte ici, au cours de mes innombrables lectures. Malheureusement, en réalité, l'espoir n'avait jamais été libéré. C'était peut-être pour le mieux ? A quoi bon se voiler la face ? La chute n'en était que plus dure.

Je ris nerveusement. Comment ça "pour le mieux" ? Léviathan ne faisait rien avec le "mieux" en tête. Du moins pas pour le mieux des "autres". Car j'étais bien un "autre" désormais. Seul lui importait... Quoi donc ? Lui-même ? Je ne savais pas. Je ne savais plus. Non, je n'avais jamais su. Ce que j'avais bien pu croire auparavant n'avait aucune importance. Aucun fondement. Mes hypothèses n'avaient rien de bien différent des délires d'une personne à l'esprit embrumé par la drogue. Tout aurait aussi bien pu ne pas exister. C'était peut-être le cas. Tout semblait avoir changé, et pourtant tout était si identique... J'étais seul, à me bercer de trop douces illusions.

Etait-ce mal ? Cette question elle-même avait-elle un sens ? Le mal existait-il vraiment ? Le bien, la morale, rien de cela n'avait de sens sans Léviathan pour leur en donner. Tout n'était que neutre. Fade, insipide, quelconque, insignifiant, banal, terne, morne. Tous ces gens croyant en une organisation de l'univers, en un "grand but", comment réagiraient-ils en sachant que tout avait été créé au hasard, sur un caprice ? Que rien n'avait jamais été et ne serait jamais attendu d'eux. Et ceux qui avaient toujours été lucides sur la question, quel était donc leur raison de vivre ? Ah... mais j'oubliais que rien n'avait besoin de raison. Nous nous laissons juste porter par les événements.

Tuer les humains reviendrait peut-être à leur faire une fleur. Que préférais-je faire passer devant : ma haine des humains ou ma haine de Léviathan ? Avoir le choix était nouveau pour moi. J'avais découvert le concept de l'entière liberté depuis le début de ce séjour prolongé sur Terre. Réfléchir aux conséquences, avoir des responsabilités, ... lorsque nous n'en avions pas l'habitude, cela pouvait s'avérer effrayant. Je devais travailler sur mon autonomie. Il s'agissait d'un atout, je devais apprendre à le voir comme tel. Surtout qu'il n'y avait aucune conséquence à rien. Si je décidais de tuer tous ceux qui se présentaient devant moi, rien ne changerait. Il serait probablement toujours deux heures-huit, comme d'habitude. Rien ne pouvait troubler le destin. Je pouvais devenir tout ce que je voulais, je n'avais que l'embarras du choix. J'avais tellement de temps sur les bras. Je pouvais engager un professionnel en conseil d'occupation avec une spécialisation en gestion des emplois du temps. Cela devait bien exister. Je n'avais pas d'argent humain pour en payer mais cela devait être facile à obtenir.

Mais non, ce n'était pas une bonne idée. Cela serait un humain stupide et de toute manière je devais choisir moi-même la meilleure façon d'organiser mon temps. Il ne penserait jamais à inclure des activités de conspiration contre le Paradis. Ce n'était pas adapté. C'était idée était complètement bizarre, que me passait-il donc par la tête ? Encore des sottises, parce que j'avais trop de temps devant moi pour ruminer. J'avais dépassé le point d'efficacité c'était évident, mes capacités de réflexion avaient subi une lente érosion. J'avais l'impression de me perdre moi-même. Cela avait déjà eu lieu de toute manière, la transformation en démon semblait désormais presque complète. J'étais différent. Ma gamme d'émotions avait radicalement changé et ma manière de penser avec. Je me sentais plus fort également, mais cela n'avait pas d'importance tant que je n'en faisais rien. Quel gâchis. Oui, cela résumait bien l'entièreté de la situation.

Quel gâchis...

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Hermès [14]
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